ADVENTFJORDEN SHORE (Franck Dubois)
Adventfjorden shore, Spitsbergen 2012. Papier peint, Dim. 253x335cm
(arrière plan)

Par Thierry Cattan

Le rivage de Adventfjorden est recouvert de neige ; des formations de glace en larges pans couvrent la surface de la mer ; au loin quelques reliefs ; puis le ciel dont la lumière pâle se détache à peine du paysage. Un camaïeu de blancs, légèrement bleuté. Les contrastes sont si faibles que l’image s’estompe. Comme usée par la lumière, elle glisse lente-ment jusqu’à l’orée de sa disparition. Dans un léger bruissement de glace, le froid aura bientôt figé toutes choses, jusqu’au temps lui-même.


Rien ou si peu. Toute présence humaine paraît ici exclue. Pourtant, par ses dimensions, l’œuvre s’impose et nous englobe. Nous pourrions aisément y voir une invitation à la méditation sur le vide et, à rebours, sur notre présence comme sur la présence du monde. De toute évidence, nous n’avons rien à faire ici, rien à construire, ni à détruire. L’immobilité du paysage nous impose quelque retenue. Il n’y a que notre présence et celle du monde, qui telle la rose de Silésius s’éveille parce qu’elle s’éveille – sans pourquoi.


Il est aisé d’oublier ce qui n’a pas eu lieu. Nous ne retenons de l’histoire que ces bouleversements fracassants. Mais notre aptitude au silence, notre capacité à suspendre toute intention, à retenir nos gestes, n’est-elle pas une marque de l’intelligence humaine bien plus sûre que la puissance industrielle avec la- quelle nous bouleversons l’ordre des choses ?