AIR GLACIÈRE (Benoit Pierre)

Taille douce sur papier Arches, réalisée à la pointe sèche sur un film plastique provenant

d'un écran LCD. Dim. 56x65cm

Par Thierry Cattan

La trace évanescente d’un observatoire abandonné, au milieu d’une brume bleutée, dans un territoire meurtri, laissé pour compte de la géopolitique... il y a de l’ère glaciaire à l’Air glacière un trait d’humour grinçant.


L’ère glacière est celle où nous éprouvons la plénitude de notre existence au cœur de la période de vacances estivales lorsque nous préparons notre pique-nique avant de partir à la plage. Qu’importe alors ce qui peut se passer au loin, à l’autre bout de la planète ? De tels instants ne sauraient s’encombrer de problèmes géopolitiques. Il n’y a pas lieu, ici, de se préoccuper non plus de l’état de la banquise. De Pascal à Schopenhauer, c’est un thème assez rebattu que celui de la nécessité de se distraire. L’abandon d’un observatoire serait donc ici bien anecdotique s’il n’était l’indice d’une civilisation dont toute l’industrie ne semble plus avoir d’autre objectif que de divertir les masses pendant qu’elle saccage notre planète.


Le trait est léger, l’impression confuse, l’espace indéterminé, c’est à peine s’il est possible de deviner qu’il s’agit d’un observatoire. L’œuvre force l’attention, mais les meilleures intentions pourraient ne plus suffire... il est si facile de nos jours de circuler en nous disant qu’il n’y a rien à voir.